Stratégies pédagogiques les plus efficaces pour développer la littéracie chez les élèves allophones Imprimer
En pratique - La lecture
Écrit par Mario Richard   
Mercredi, 01 Octobre 2008 00:00

Mario Richard (avec Steve Bissonnette et Clermont Gauthier)

Stratégies pédagogiques les plus efficaces pour développer la littéracie chez les élèves allophones

Association Canadienne d'Éducation , Éducation Canada, n° 48 (4), 10.2008

pdf Télécharger le document

L'intensification de l'enseignement des composantes clés de la lecture favorise grandement le développement de la littératie chez les apprenants d'une langue seconde.

 

INTRODUCTION [1]

Les mécanismes de l'apprentissage d'une langue seconde constituent un domaine d'études relativement nouveau. Ainsi, le corpus de recherches scientifiques portant sur les stratégies d'enseignement efficaces auprès des élèves qui doivent apprendre à lire et à écrire dans une autre langue que la leur demeure relativement restreint. Cependant, en dépit de la rareté des recherches expérimentales, les études actuellement disponibles autorisent la formulation de recommandations concernant les pratiques pédagogiques les plus susceptibles d'améliorer l'apprentissage du français en tant que langue seconde.

L'objectif que nous poursuivons est de proposer des interventions pédagogiques en littératie issues des recherches en efficacité de l'enseignement destinées particulièrement aux élèves allophones [2] inscrits dans les programmes d'alphabétisation [3] dans les écoles francophones du Canada. Plus précisément, nous voulons répondre à la question suivante : quelles sont les stratégies pédagogiques les plus efficaces pour favoriser l'apprentissage de la lecture et de l'écriture chez les élèves dont la langue d'enseignement diffère de leur langue maternelle ?

Pour ce faire, nous avons eu principalement recours à deux synthèses de recherches complémentaires. Il s'agit, respectivement, du rapport du National literacy Panel on Language-Minority Children and Youth (NLP) [4] publié en 2006, ainsi que du guide pratique Effective literacy and English Language Instruction [5] publié en juin 2007. Fait à noter, ces deux synthèses de recherches ont été effectuées aux États-Unis et avaient comme objet d'étude le développement de la littératie en langue anglaise. Dans cette perspective, il serait légitime de questionner la validité de leurs recommandations pour l'enseignement du français langue seconde. Cependant, deux éléments nous permettent d'établir la pertinence de recourir aux stratégies pédagogiques proposées par ces recherches pour les élèves allophones alphabétisés en français.

Premièrement, il importe de souligner que la conclusion centrale à laquelle sont arrivés les membres du NLP est que : « L'intensification de l'enseignement des composantes clés de la lecture - telles qu'établies par le National Reading Panel comme la conscience phonémique et les phonèmes, l'automatisation du décodage, le vocabulaire et la compréhension - favorise grandement le développement de la littératie chez les apprenants d'une langue seconde. » [6] Or, bien que les travaux du National Reading Panel aient été effectués à partir de recherches ayant analysé l'apprentissage de la lecture en anglais, ses conclusions ont également été validées pour le développement de la littératie en français [7]. Deuxièmement, dans la préface, les chercheurs qui ont travaillé à l'élaboration du guide Effective Literacy and English Language Instruction précisent que : « Ces recommandations s'adressent à tous les élèves allophones, sans égard à leur langue maternelle ou à la langue d'enseignement. » [8] Partant, il apparaît ainsi fondé de s'appuyer sur les recommandations formulées dans ces deux synthèses de recherche pour proposer des stratégies pédagogiques à l'intention des élèves allophones, puisque ces dites stratégies transcendent tant la langue d'enseignement de la lecture et de l'écriture que la langue maternelle des apprenants.

Dans cette perspective, notre propos est divisé en deux parties, l'une formulant des recommandations générales, l'autre proposant des interventions pédagogiques plus spécifiques. Dans la première partie, nous présentons les principales conclusions auxquelles sont arrivés les membres du National Literacy Panel on Language-Minority. Dans la seconde partie, à partir du guide Effective Literacy and English Language Instruction, nous proposons cinq interventions spécifiques visant à améliorer le rendement en lecture et à favoriser le développement des habiletés langagières chez les élèves allophones.

 

1. Les conclusions tirées par le National Literacy Panel on Language-Minority

1.1. L'intensification de l'enseignement des composantes clés de la lecture ­– telles qu'établies par le National Reading Panel comme la conscience phonémique et les phonèmes, l'automatisation du décodage, le vocabulaire et la compréhension – favorise grandement le développement de la littératie chez les apprenants d'une langue seconde.

Les membres du National Literacy Panel on Language-Minority en sont arrivés au constat majeur qu'un enseignement explicite, systématique et intensif des composantes de base en lecture, telles qu'établies par le National Reading Panel (NRP), apparaît tout aussi important pour le développement de la littératie dans une langue seconde que dans la langue maternelle. Cependant, bien que les stratégies qui sont efficaces pour alphabétiser les élèves dans leur langue maternelle le soient également pour une langue seconde, les études consultées indiquent que des ajustements sont nécessaires pour que les élèves allophones puissent en bénéficier pleinement. Ainsi, pour apprendre à lire et à écrire dans une langue seconde, les élèves auront besoin, d'une part, d'une explicitation plus grande et d'une intensification de l'enseignement des différentes stratégies en littératie. D'autre part, l'enseignant [9] devra également entreprendre un travail simultané de développement des habiletés langagières chez les élèves allophones. Dans ces conditions, les chercheurs du NLP précisent que le développement des compétences en lecture et des habiletés langagières dans une langue seconde relève principalement de la qualité de l'enseignement.

1.2. L'enseignement des composantes clés de la lecture est primordial - mais insuffisant - pour permettre le développement des compétences en lecture et en écriture chez les apprenants d'une langue seconde comme l'anglais ou le français. Le développement des habiletés langagières apparaît tout aussi essentiel - mais le rendement des élèves laisse croire que cette dimension de la littératie semble souvent négligée par les enseignants.

Une conclusion importante qui se dégage des études consultées par les membres du NLP est que les habiletés orthographiques - telles que le décodage, la reconnaissance des mots et l'épellation - sont généralement assez bien enseignées pour permettre aux élèves allophones d'atteindre un niveau de performance similaire aux élèves alphabétisés dans leur langue maternelle. Cependant, ce n'est pas le cas pour les habiletés de compréhension en lecture et les habiletés en écriture. En fait, rares sont les élèves allophones qui développent un niveau de compétence en compréhension de lecture et en écriture correspondant à celui qu'atteignent les élèves scolarisés dans leur propre langue.

La raison expliquant cet écart entre les habiletés orthographiques et les habiletés de compréhension en lecture et en écriture chez les élèves allophones serait liée à leur niveau de compétence langagière inférieur dans leur langue seconde. Ainsi, bien que les compétences langagières ne constituent pas un bon prédicteur des habiletés orthographiques, elles jouent toutefois un rôle important dans le développement de la compréhension en lecture et des habiletés en écriture. Plus spécifiquement, la connaissance du vocabulaire, la compréhension orale, les habiletés syntaxiques et la capacité de tenir compte des aspects métalinguistiques du langage, nécessaires, par exemple, pour comprendre le sens des mots dans différents contextes, sont tributaires des compétences en lecture et en écriture. Ces résultats de recherche permettent de comprendre pourquoi de nombreux élèves allophones peuvent maintenir un rendement similaire à leurs pairs qui sont alphabétisés dans leur langue maternelle lorsque l'accent est mis sur les habiletés orthographiques, mais prennent du retard en compréhension en lecture et en écriture.

Les approches pédagogiques qui ont du succès avec les élèves dont la langue d'enseignement correspond à leur langue maternelle n'ont pas un effet aussi grand auprès des élèves allophones. Selon les chercheurs du NLP, les interventions pédagogiques les plus efficaces pour favoriser l'alphabétisation dans une langue seconde sont celles qui effectuent un enseignement systématique des différentes composantes de la lecture, combiné à la mise en place de mesures de soutien au développement des habiletés langagières. Ainsi, le développement du vocabulaire et des connaissances préalables devrait faire l'objet d'un travail intensif tout au long de la démarche.

1.3. Les différences individuelles jouent un rôle important dans le développement de la littératie dans une langue seconde.

Les études montrent que le développement de la littératie dans une langue seconde, comme l'anglais ou le français, s'effectue par l'entremise d'un processus cumulatif et hiérarchique pour tous les élèves, peu importe leur langue maternelle. Certaines composantes de la littératie ne peuvent se développer entièrement tant que les élèves n'ont pas acquis les habiletés qui leur sont préalables. Ainsi, pour qu'ils puissent arriver à reconnaître les mots adéquatement, les élèves doivent avoir développé de bonnes habiletés grapho-phonétiques et orthographiques. De la même façon, s'ils ne peuvent s'appuyer sur des habiletés de reconnaissance des mots bien développées, les élèves ne pourront atteindre un niveau de compréhension en lecture satisfaisant. Par conséquent, les difficultés en lecture éprouvées par les élèves allophones peuvent être attribuées à leurs différences individuelles plutôt qu'à leur origine ethnique. Par exemple, aux États-Unis, on retrouve la même proportion d'élèves en difficulté de lecture chez les unilingues anglais que chez ceux qui appartiennent à des minorités linguistiques. En fait, hormis les habiletés langagières, le profil des élèves en difficulté de lecture apparaît très semblable. Les deux groupes éprouvent des problèmes au niveau de la conscience phonémique et de la mémoire de travail. Selon les conclusions des études consultées par les chercheurs du NLP, pour les élèves allophones aux prises avec des difficultés en lecture, le problème majeur serait attribuable à un déficit des processus de base en littératie plutôt qu'à leur origine ethnique.

1.4. La majorité des méthodes d'évaluation utilisées actuellement avec les élèves allophones sont peu efficaces pour établir un profil adéquat de leurs forces et de leurs faiblesses dans la langue d'enseignement.

Les recherches effectuées aux États-Unis portant sur le développement de la littératie en anglais montrent que le recours à des épreuves diagnostiques est essentiel pour établir un profil adéquat des forces et des faiblesses des élèves allophones, de façon à déterminer leur classement ainsi que d'adapter l'enseignement en fonction de leurs besoins. Malheureusement, la majorité des méthodes d'évaluation utilisées actuellement avec les élèves allophones ne remplissent pas adéquatement leur rôle. Ainsi, par exemple, la plupart des mesures employées constituent des piètres prédicteurs du rendement futur des élèves allophones en compréhension de lecture.

Les chercheurs du NLP font également état du faible niveau d'efficacité des méthodes d'évaluation des élèves allophones qui reposent principalement sur le jugement des enseignants pour identifier ceux qui auraient besoin de mesures particulières de soutien en lecture. Cependant, les résultats de recherche révèlent que le jugement de l'enseignant peut avoir une plus grande validité lorsqu'il s'appuie sur une évaluation critériée, plutôt que sur des opinions émises de façon plus ou moins spontanée.

La première partie de cet article a été consacrée à la présentation des conclusions des chercheurs du NLP qui nous semblaient les plus pertinentes pour les élèves alphabétisés en français langue seconde. Dans la seconde partie, nous proposons des stratégies tirées du guide Effective Literacy and English Language Instruction qui permettent de mettre en application des interventions pédagogiques spécifiques à l'intention des élèves allophones, de façon à venir actualiser les conclusions du NLP présentées précédemment.

 

2. Les stratégies pédagogiques proposées par le guide Effective Literacy and English Language Instruction for English Learners in the Elementary Grades.

En nous basant sur les travaux réalisés par les chercheurs qui ont rédigé le guide précité, nous recommandons cinq stratégies pédagogiques complémentaires issues des recherches en efficacité de l'enseignement visant à améliorer le rendement en lecture et à développer les habiletés langagières des élèves alphabétisés en français langue seconde au niveau élémentaire.

2.1. Dépister systématiquement les problèmes de lecture et effectuer un suivi des progrès accomplis.

• Procéder à des évaluations formatives avec les élèves allophones en employant la langue française pour mesurer le niveau de maîtrise du processus phonémique [10], de la reconnaissance des lettres, de la lecture des mots et des textes. Utiliser les données recueillies pour identifier les élèves allophones qui ont besoin de soutien et d'une intervention additionnelle, ainsi que pour faire un suivi des progrès qu'ils accomplissent tout au long de la démarche.

2.2. Mettre en place des interventions intensives de sous-groupes en lecture.

• Mettre en place des interventions intensives de sous-groupes en lecture ciblant les élèves allophones identifiés comme étant à risque. La durée et l'intensité de l'intervention devraient être ajustées selon le niveau de « risque » des élèves, tel qu'établi à partir des données provenant des différentes évaluations diagnostiques. Les interventions devraient inclure les cinq composantes essentielles en lecture (la conscience phonémique, les phonèmes, le vocabulaire, la fluidité de lecture et la compréhension) et privilégier des modalités d'enseignement direct et explicite.

2.3. Offrir un enseignement approfondi et diversifié du vocabulaire.

• Offrir un enseignement du vocabulaire de haute qualité tout au long de la journée. Enseigner les concepts essentiels en profondeur. En complément, utiliser le temps d'enseignement pour aborder la signification des mots et des phrases usuelles ainsi que des expressions courantes qui n'ont pas encore été appris.

2.4. Développer le français scolaire (langage formel de l'école).

• Mettre l'accent sur le développement du français scolaire avec les élèves allophones de façon à s'assurer qu'ils maîtrisent minimalement le langage formel de l'école, qui est celui utilisé dans les livres et les manuels scolaires. Comparativement au français quotidien, le français scolaire est le langage formel de l'école, des disciplines scolaires, des textes et des livres et, par extension, du discours logique. C'est un langage plus abstrait et décontextualisé que le français utilisé couramment pour converser. Par exemple, des mots usuels comme facteur ou puissance prennent un sens particulier dans le contexte des mathématiques.

2.5. Programmer des situations d'enseignement réciproque sur une base régulière.

• S'assurer que les enseignants qui interviennent auprès des élèves allophones consacrent approximativement 90 minutes par semaine à des activités d'apprentissage à l'intérieur desquelles les élèves travaillent en dyades, de différents niveaux d'habiletés en français, à la réalisation de tâches structurées. Ces activités devraient être un prolongement et un réinvestissement des contenus déjà abordés avec les élèves.

 

CONCLUSION

Un thème central se dégage des recherches que nous avons consultées concernant les stratégies pédagogiques les plus efficaces pour favoriser l'apprentissage de la lecture et de l'écriture chez les élèves dont la langue d'enseignement diffère de leur langue maternelle. Il s'agit de l'importance de mettre en place un enseignement explicite et systématique des différentes composantes de la lecture, combiné à un travail intensif de développement des habiletés langagières. Plus précisément, le développement des habiletés langagières repose particulièrement sur une démarche d'appropriation et d'enrichissement du vocabulaire des élèves allophones, soutenue par des interventions explicites et systématiques de l'enseignant sur la compréhension du langage scolaire utilisé en classe.

De fait, tous les auteurs auxquels nous nous sommes référés s'entendent pour souligner que l'enseignement explicite du langage scolaire constitue l'une des interventions pédagogiques prioritaires à mettre en application avec les élèves allophones. D'ailleurs, dans le même ordre d'idées, même si le corpus d'études dont nous disposons nous a amenés à centrer nos recommandations sur les élèves allophones de l'élémentaire, des recherches préliminaires laissent à penser que le développement du langage scolaire serait tout aussi important au secondaire. Ainsi, Francis et ses collaborateurs [11] recommandent de mettre un accent particulier sur cette stratégie pédagogique avec les élèves allophones de niveau secondaire dans toutes les matières, et ce particulièrement en mathématiques.

En terminant, même si les études sur lesquelles nous nous sommes appuyés pour rédiger ce document ont été réalisées aux États-Unis avec l'anglais langue seconde comme objet d'étude, la correspondance élevée avec les résultats de recherche sur le développement de la littératie en français nous permet de proposer des interventions pédagogiques qui reposent sur une base empirique solide, quoiqu'elle soit encore restreinte. En dépit du fait que les experts du domaine s'entendent pour souligner que plus d'études expérimentales sont nécessaires pour obtenir une validation à large échelle des résultats, les stratégies pédagogiques proposées nous apparaissent être une avenue des plus prometteuses pour améliorer le rendement des élèves allophones alphabétisés dans les écoles francophones canadiennes.

 


[1] . Ce texte est une adaptation d'un rapport de recherche qui a été réalisé grâce au support financier du Conseil des écoles catholiques de langue française du Centre-Est de l'Ontario, à Ottawa.

[2] . Nous utilisons le terme allophone pour désigner une personne dont la langue maternelle diffère de celle de la langue d'enseignement.

[3] . Le verbe alphabétiser est utilisé ici dans son sens large qui signifie apprendre à quelqu'un à lire et à écrire.

[4] . August, D. & Shanahan, T., Eds. (2006). Developing Literacy in Second-Language Learners. Report of the National Literacy Panel on Language-Minority Children and Youth. New Jersey: Laurence Erlbaum Associates. Executive summary.
Document accessible à l'URL : http://www.cal.org/projects/archive/nlpreports/Executive_Summary.pdf

[5] . Gersten, R., Baker, S.C, Shanahan, Linan-Thompson, S., Collins, P. & Scarcella, R. (2007). Effective literacy and English Language Instruction for English Learners in the Elementary Grades : A Practice Guide (NCEE 2007-4011). Washington, DC: National Center for Education Evaluation and Régional Assistance, lnstitute of Education Sciences, U.S. Department of Education.
Document accessible à l'URL : http://ies.ed.gov/ncee/wwc/pdf/practiceguides/20074011.pdf

[6] . August & Shanahan, op.cit, p. 3, traduction libre.

[7] . La Revue des sciences de l'éducation a publié en 2003 un numéro spécial portant sur “L'enseignement de la littératie au XXIe siècle : nouveaux enjeux, nouvelles perspectives”, Vol. 29, no 1, 2003, sous la direction de Régine Pierre. Ce numéro spécial reprend, entre autres, les recommandations du National Reading Panel pour les appliquer au développement de la littératie en français.

[8] . Gersten et al, op.cit, p. 1, traduction libre.

[9] . Dans ce texte, le genre masculin est utilisé de manière générique.

[10] . Le phonème représente la plus petite unité du langage parlé. Les phonèmes peuvent être regroupés pour former des syllabes et des mots. L'entraînement à la conscience phonémique vise la conscientisation de ces unités.

[11] . Francis, D., Rivera, M., Lesaux, N., Kieffer, M., & Rivera, H. (2006). Practical Guidelines for the Education of English Language Learners: Research-Based Recommendations for Instruction and Academic Interventions. Portsmouth, NH: RMC Research Corporation, Center on Instruction.
Doc­ument téléaccessible à l'URL : http://www.centeroninstruction.org/files /ELL1 -lnterventions.pdf