
Enseignement explicite, enseignement traditionnel, enseignement par objectifs |
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Le débat - Antagonismes |
Écrit par Daniel Amédro |
Jeudi, 14 Juillet 2011 18:04 |
Daniel Amédro Enseignement explicite, enseignement traditionnel, enseignement par objectifsin Apports de la recherche à la qualité de l'enseignement (Publibook, 2009), p 78-80
--- --- --- --- --- --- --- --- --- --- --- --- --- --- --- --- --- --- -- --- --- --- --- --- --- Enseignement explicite = enseignement magistral ? « L'enseignement explicite ? mais on le fait déjà ! », disent souvent les enseignants. Nombreux sont ceux, en effet, qui ont tendance à confondre enseignement traditionnel et enseignement explicite : le modelage est souvent assimilé à un cours magistral et la pratique autonome à la phase des exercices d'application. Or, le modèle de Rosenshine et Stevens s'éloigne à plusieurs égards d'un enseignement traditionnel. Alors que l'enseignement magistral est centré sur la transmission du contenu, l'enseignement explicite porte principalement sur sa compréhension (grâce à la pratique guidée) et son maintien en mémoire (grâce à la pratique autonome, mais aussi en raison des révisions fréquentes et évaluations régulières). Dans l'enseignement traditionnel (disons : dans un enseignement typiquement traditionnel), on fait peu de rappel des connaissances antérieures et l'on procède comme si ce que l'on avait enseigné auparavant avait été compris et retenu. L'enseignant n'est pas forcément clair et explicite sur les buts qu'il vise, et il n'accorde pas suffisamment de temps à la pratique guidée. Le plus souvent, il fournit quelques explications puis met les élèves au travail en situation de pratique autonome. La compréhension n'est vérifiée qu'à la fin des exercices, quand il est trop tard, car l'erreur de compréhension a eu le temps d'émerger et de se cristalliser dans l'esprit des élèves. La responsabilité de l'échec est alors attribuée à l'élève et non à un défaut d'enseignement. Dans l'enseignement explicite, par contre, la compréhension est omniprésente. C'est une préoccupation forte pendant toute la phase de modelage. Le maître vérifie également le degré de compréhension des élèves pendant la pratique guidée, et il ne passe à la pratique autonome que si le degré de compréhension est très élevé. Tout cela se fait grâce au questionnement et à la rétroaction, qui sont très présents dans l'enseignement explicite, de même que l'enseignement correctif.
Enseignement explicite = enseignement par objectifs ? L'enseignement explicite ne doit pas être confondu avec l'enseignement magistral classique. Il ne doit pas davantage être assimilé à la « pédagogie par les objectifs » [ou « pédagogie par objectifs » ou « PPO »]. Cette démarche apparue dans les années 60, à l'instigation de l'américain Mager notamment, était issue du béhaviorisme. Elle cherchait à rationaliser l'enseignement par une définition d'objectifs comportementaux opérationnels, c'est à dire observables et mesurables, et par l'accent mis parallèlement sur l'évaluation et l'adaptation des pratiques en fonction des résultats obtenus. Si la pédagogie par objectifs a suscité un fort mouvement de rénovation des pratiques d'enseignement, elle s'est aussi traduite par beaucoup d'excès et de dérives, accréditant en particulier l'idée que la pédagogie pouvait être rabattue sur une technique, ce qui était ignorer ses dimensions psychologiques, relationnelles et éthiques. L'enseignement explicite ne tombe pas dans ces dérives. S'il conserve de la pédagogie par objectifs l'importance accordée à la définition et à l'affichage des objectifs, c'est à dire à l'évacuation de l'implicite, il est attentif à ce que l'enseignement ne soit pas tout entier subverti par la pédagogie frontale. Sa centration sur la compréhension et les interactions maître-élèves en fait une démarche ouverte aux dimensions psychologique et relationnelle de la pédagogie, une démarche attentive à l'élève. |